Un mot, un regard suffit pour faire tressaillir une âme.
George sand
J’ai vu le jour avec un troisième œil, l’œil du cœur. C’est la meilleure façon que j’ai trouvé pour l’expliquer, pour l’imager. Certaines choses sont innées, d’autres sont apprises; je suis née avec une hypersensibilité, mais j’ai appris à l’utiliser et en tirer le meilleur parti. J’apprend toujours.
Alors même si, comme tous, je peux regarder la vie littéralement, je ne peux m’empêcher de la voir aussi avec l’œil du cœur et celui-ci prend bien souvent le dessus. Car la différence entre les deux est que je ne peux pas fermer l’œil du cœur; il voit tout en tout temps. Il ressent tout.
Il ressent les petits tressautements de la vie, les petits changements de ton dans la voix, les regards qui fixent et ceux qui évitent, les nuages au-dessus des têtes, les éloignements et les rapprochements les plus infimes, les énergies positives et négatives. Il s’inquiète des petits malheurs, mais s’émerveille aussi des petits bonheurs. Pour lui, en fait, rien n’est petit et tout est important.
Avec le temps, j’ai appris que cette capacité à vivre dans les détails peut faire peur à ceux qui voient la forêt plutôt que chaque arbre et fleurs qu’abrite celle-ci.
Premièrement, à leurs yeux, l’amour que je vis et offre semble démesuré. Il arrive comme une vague impressionnante puisque je ne le tiens pas en laisse et pourtant, il n’est ni plus grand ni plus important que l’amour ressenti par les autres. Il est simplement exprimé sans retenue. L’œil du cœur n’a pas ce masque naturel que certains trouvent avec l’âge, il est un livre ouvert dans un monde où les masques sont importants. Je ne le dis pas avec cynisme, condescendance ou critique, mais je l’énonce plutôt comme un fait. Si personne ne portait de masque, le monde ne survivrait pas longtemps. Au fond, tout est une question d’équilibre; le monde a besoin des gens qui voient la forêt dans son ensemble afin d’assurer son bon fonctionnement général, mais aussi des quelques-uns qui peuvent pointer l’arbre malade avant que toute la forêt soit affectée du même mal. Alors oui, l’amour, comme tout le reste de ma vie, se vit dans les détails et sans masque. Sans protection.
Et cette expressivité fait peur à certains. Car l’humain, étant pour la majorité fondamentalement bon, ne veut pas blesser les autres. L’humain a également cette fâcheuse manie de penser que sa façon d’expérimenter la vie est similaire à celle des autres alors que chaque expérience est unique. Donc, en amour, l’œil du cœur fait peur à ceux qui ne l’ont pas, car ils ont l’impression que cette personne s’emballe pour un rien et qu’elle ne survivrait pas à la peine qui viendrait si les choses ne fonctionnaient pas. Car, eux, s’ils ressentaient autant sans protection, ils ne survivraient pas. Et, pour revenir à l’humain qui est fondamentalement bon, personne ne veut être responsable de la douleur d’autrui.
Mais l’humain est bien fait; il s’adapte à sa situation. Surtout quand c’est ce qu’il a toujours connu. Et je suis née avec cet œil au cœur, j’ai grandi et appris avec lui. Je suis toujours ici, toujours heureuse. Mon œil du cœur est mon hypersensibilité, il fait partie de moi et je ne pourrai jamais le fermer. Alors je ne vois que deux choix : prétendre que je le ferme et qu’il n’existe pas ou tout simplement l’accepter pour ce qu’il est.
Mon hypersensibilité est une chance de voir tous les magnifiques détails de la vie qui passent souvent inaperçus et de ressentir de grands bonheurs grâce à de toutes petites choses. Elle n’est pas une misère qui me fait me morfondre dans un monde sombre et froid. Elle est chaude et rafraîchissante tout à la fois. Elle est généreuse; elle aime partager et propager ces grands bonheurs autour d’elle.
Mon hypersensibilité sait qu’aussi grande que puisse être la peine, aussi noire que puisse être la nuit, le soleil se lèvera à nouveau et elle s’émerveillera de la même rosée qui l’a émerveillé cent fois déjà.
Mon hypersensibilité refuse de prétendre que ses émotions n’existent pas, car elle sait ce que fait l’enfermement aux émotions et aux cœurs, elle sait que cet enfermement est la source de bien des maux du monde. Et elle veut peindre le monde de toutes les couleurs, pas l’effacer.
Mon hypersensibilité, si on cesse de la traiter comme une tare, une faiblesse, une faute, une maladie… Mon hypersensibilité peut faire découvrir au monde les beautés terrées au creux de la forêt.
Mon hypersensibilité est non seulement une force, mais ma plus belle qualité.
Les biens et les maux qui nous arrivent ne nous touchent pas selon leur grandeur, mais selon notre sensibilité.
La rochefoucauld
Je serais bien mal placée pour te contre dire, Miss 😉 Quelle belle ode à une partie de nous tellement difficile à comprendre pour tant de gens. Si au moins ils savaient qu’ils n’ont pas à saisir le »pourquoi », pour en profiter. Ne ferme jamais cet oeil précieux, c’est comme ça qu’on t’aime 🙂 xxx
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Wow merci 🥹🩷 En espérant que certains cessent un jour d’y chercher une logique et des mots pour le définir. Ils pourraient l’apprécier…
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