Dans le ventre du Congo

Parce que le monde t’a accueillie ce jour en témoin de l’inexpiable, tu seras un homme, ma fille!

Blaise ndala, dans le ventre du congo

7.5/10

Dans ce roman, nous suivons l’histoire de la princesse Tshala Nyota Moelo, princesse du prestigieux royaume précolonial Kuba, puis de sa nièce homonyne, Nyota; « étoile à qui le fleuve demande son chemin ». Tshala, en tombant amoureuse d’un jeune colon Belge, s’affranchit de ce titre royal et fuit sa ville natale pour obtenir la protection de son amant à Léopoldville (Kinshasa aujourd’hui). Malheureusement, Tshala osa poser l’un des pires actes aux yeux de l’homme fier : l’humilier. Ainsi, on la forcera à voyager jusqu’en Belgique pour l’exposition de 1958 et où, 45 ans plus tard, sa nièce tentera de la retracer afin de trouver les derniers morceaux d’un puzzle familial qui permettrait au roi Kuba d’enfin trouver la paix. Blaise Ndala navigue avec une plume poétique dans les eaux troubles qu’était l’époque du Congo Belge. La note imparfaite que je lui donne s’explique par le simple fait qu’on retrouve dans ce livre de nombreux personnages et quelques époques qui s’entremêlent sans que tous les liens soient bien expliqués, ce qui peut perdre un peu le lecteur. Autrement, l’histoire est aussi poignante que la plume est chantante; une belle lecture à faire au son de la musique de Wendo Kolosoy (qu’on retrouve d’ailleurs dans ce livre!) et qui pousse très certainement à la réflexion.

Expo 58

L’expo 58 de Bruxelles regroupa, comme toutes les expositions universelles, de nombreux pavillons présentant les avancées technologiques et artistiques de différents pays. À cette époque, ce qu’on connaît aujourd’hui comme la république démocratique du Congo était toujours le Congo belge. Afin de démontrer au monde comment ce pays bénéficiait de la colonisation Belge, le gouvernement monta un pavillon représentant un « village typique » avec des figurants, bien sûr, Congolais. Ce « village » était évidemment une caricature de ce qu’était réellement le Congo et doit porter son nom véritable : un zoo humain. Un zoo où les visiteurs leur lançaient des bananes. Les traitaient de singes. Les touchaient. Un zoo qui leur faisait perdre toute humanité.

Ces hommes et ces femmes ont donc été montrés dans ce parc comme chair à badauds, autrement dit des créatures censées nourrir notre curiosité à l’égard du sauvage. Ils nous ont permis de légitimer une fois de plus l’entreprise coloniale comme projet de société, aux yeux de nos compatriotes qui auraient pu douter de ce que notre mission civilisatrice avait apporté aux indigènes d’Afrique centrale. Je ne m’y serais pas impliqué si je ne pensais pas que cela n’avait rien d’immoral, même s’il y avait manifestement des maladresses que l’on aurait pu corriger. Les souvenirs ont beau être vivaces au moment où je couche ces lignes dans la moiteur de la nuit ardennaise, c’était une autre époque, dans un monde autre, mon cher Francis. Mais même si telle est la vérité, je dois te confesser que dès le jour où j’ai regardé pour la première fois un de ces Africains dans le fond des yeux, j’y ai vu la couleur du mensonge le mieux partagé de mon époque. Puisque nul ne peut mentir à sa propre conscience, un gros doute a germé au fond de mon esprit. Un doute qui s’est transformé en malaise, puis en révolte. Contre moi-même, à l’évidence, pour n’avoir pas réussi à faire entendre à l’intérieur de mon comité la petite voix qui, depuis le début, me disait avec insistance que plus que de cautionner de simples maladresses, nous commettions une faute morale. 

Blaise Ndala, Dans le ventre du Congo
Source inconnue

Aujourd’hui

Vous ne m’en voulez pas d’avoir utilisé le mot Nègre, j’espère? Je suis incorrigible, c’est Noir qu’on dit de nos jours, oui? 

Blaise ndala, Dans le ventre du congo

Aujourd’hui, la République démocratique du Congo n’est plus le Congo belge. Aujourd’hui, il n’y a plus de zoo humain. Malgré tout, le racisme est toujours présent. En cherchant l’origine de la photo présentée ci-haut (que je n’ai malheureusement pas trouvé, donc si vous la connaissez, faites-moi signe!), j’ai vu des commentaires qui m’ont donné des haut-le-cœur, des commentaires démontrant un manque d’humanité qui me parait impossible. En 2014, un joueur de football se fait lancer une banane sur le terrain, 56 ans après que les figurants du zoo humain de l’expo 58 s’en soient fait lancer. Le même geste, la même terrible signification. Aujourd’hui, le racisme est toujours présent.

Un jour, il y a quelques années, je suis allée visiter un camp de concentration, à Dachau. À la sortie des chambres à gaz, je suis restée seule longtemps à fixer cette cabane qui me semblait trop petite pour l’ampleur de sa terrible histoire. Un homme âgé m’a apostrophé, m’a parlé en allemand d’abord, anglais ensuite et finalement français. Il m’a raconté en détail ce qui se passait dans ce camp à l’époque, ce qui se passait dans cette cabane trop petite, il en parlait comme s’il y était. Et c’est tout comme : toute sa famille est décédée dans ce camp. Il avait fait le tour des camps en Pologne et en Allemagne et gardait Dachau pour la fin, tombeau de sa famille. Cet homme, finalement, comme pour expliquer le discours qu’il me faisait m’a dit : « J’ai pardonné aux Allemands. Il faut pardonner, mais jamais oublier. Et pour ne pas oublier, il faut en parler. Si on oublie, l’histoire se répètera. »

Alors, en l’honneur du mois de l’histoire des noirs se déroulant du 1er février au 1er mars, parlons-en. Parlons pour que l’histoire ne se répète pas et que, chaque jour, nous devenions meilleurs.

Il y a 60 ans, l’Expo 58 et son « zoo humain »

Le zoo humain de Tervuren (1897)

Mois de l’histoire des noirs : Honorer le passé, inspirer le futur

ASALH : Association for the Study of African American Life and History

Mais vous faites fausse route en donnant à une voix isolée plus de pouvoir qu’elle n’en a jamais eu. Vous faites fausse route parce qu’une telle voix peut sauver une brindille du feu, mais jamais elle n’empêchera la savane de brûler. C’est la savane qu’il eût fallu préserver, enseignant, la savane et rien de moins. Et dans le drame qui nous préoccupe, ce n’est point l’échec de votre père qu’il faut déplorer, c’est l’échec de son temps, qui est aussi le mien, un échec que rien ne pourra altérer. Je vous parle de ce temps qui avait tout réuni pour que face aux flammes allumées par le mépris et l’ignorance, la savane faite de nos vies amoindries, de notre grandeur bafouée et de nos misères entretenues, parte en fumée sans émouvoir nos maîtres tout-puissants – eux qui étaient venus à nous au nom d’un dieu nommé Amour, un Esprit qu’ils trahirent sous nos yeux sitôt qu’ils se rendirent compte qu’ils ne pouvaient mener à bien leur projet en ayant les mains liées par ses Dix Commandements.

Blaise ndala, Dans le ventre du congo

La vague

Ce jeudi 27 janvier était la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste et cette journée, mélangé avec ce que nous vivons aujourd’hui m’a rappelé un excellent livre rappelant la dangerosité d’un mouvement. Donc, c’est un peu en retard (mais jamais toujours d’actualité) que je vous en parle!

8/10

« The Wave » de Todd Strasser (VO de « La Vague)

Ce livre est inspiré de véritables évènements survenus dans un lycée de Palo Alto en 1969. On y suit le développement rapide et innatendu d’une expérience psychologique sur le nazisme, expérience mise en place par l’enseignant Ben Ross suite à son incapacité à répondre à la question de ses élèves : comment est-ce qu’autant de gens ont pu embarquer dans le mouvement nazi et ne pas dénoncer les atrocités qu’ils voyaient? Ne trouvant pas la réponse dans les ouvrages historiques, il en vint à la conclusion que ses élèves devaient le vivre afin de le comprendre. Ainsi naît le mouvement de « la vague ».

Ce livre est psychologiquement effrayant, car il est basé sur une histoire vraie. J’ai lu plusieurs critiques qui le trouvent trop « simple », qui disent qu’avec LEUR génération ça ne pourrait pas arriver, qui croient que l’évolution des personnages est irréalistes. À ces gens je dis : les élèves en 1969 croyaient fermement que la deuxième guerre mondiale était loin dans le passé et qu’EUX ne se laisseraient jamais embarquer dans un tel mouvement. Je leur dis que l’expérience n’a duré qu’une semaine et l’école a dû y mettre fin, car elle devenait incontrôlable. Je leur dis, regardez les États-Unis et dites-moi que les gens aujourd’hui ne se laisseraient pas embarquer dans un mouvement. Regardez le monde, les religions, les cultes, les mouvements qui s’établissent toujours. L’effet rassembleur de ces mouvements est ennivrant et rassurant et il est malheureusement naïf de croire que ce genre de choses ne se produit plus aujourd’hui et n’arrivera plus jamais et que vous y êtes immunisés plus que les autres.

Questionnements, peur ou trouble de l’opposition?

Un des questionnement important du livre se résume à ceci : « pourquoi ne sont-ils pas d’accord avec nous? ». Nous nous sommes tous déjà posé le même genre de question, lorsque nous croyons fermement à quelque chose nous ne comprenons pas comment des gens peuvent penser différemment et, au fond, c’est cela la nature d’un mouvement. Je conseille à tous ce livre qui nous rappelle l’importance de se poser des questions et de développer ses propres idées en s’informant auprès de plusieurs (bonnes) sources.

Lorsque j’ai écris cet article la première fois, nous étions en tout début de Covid. Je le relis, je le trouve d’actualité, mais je me pose davantage de questions. Je mentionnais plus haut l’importance des recherches auprès de bonnes sources, mais avons-nous tous la même capacité à différencier les bonnes sources des mauvaises? Et, même avec les bonnes, avons-nous tous la même capacité à les comprendre? Dans le contexte actuel, beaucoup d’informations scientifiques circulent et la majorité des gens (moi la première) n’avons pas les connaissances nécessaires pour bien les décoder, mais tous ne semblent s’en rendre compte.

Toute notre vie, nous avons fait confiance à l’avis de diverses spécialistes afin de prendre des décisions éclairées. Aux vétérinaires pour nos animaux, aux financiers pour nos placements, aux enseignants pour l’apprentissage de nos enfants, aux mécaniciens pour nos véhicules, etc. Bien sûr, tous les spécialistes sont humains, nous avons chacun eu de mauvaises expériences et avons perdu confiance en l’un d’eux. Mais le généralisons-nous à l’ensemble de ces spécialistes? Si nous avons une mauvaise expérience chez un vétérinaire, la majorité des gens vont-ils chercher un nouveau vétérinaire, ou traiter eux-mêmes leur animal? Nous ne pouvons pas être des experts dans tous les domaines, ce n’est pas humain. C’est, entre autre, ce qui fait que nous vivons en société; nous dépendons les uns des autres pour survivre, mieux vivre et progresser.

Dans le contexte actuelle, est-ce la peur qui empêche certains de faire confiance aux spécialistes dont nous avons cruellement besoin en ce moment? Quelle est la limite entre les questionnements sains et les malsains? Est-ce parce que le gouvernement dit de faire confiance à ces spécialistes que certains ne le font pas; est-ce pour certains un trouble d’opposition?

Quand nous le vivons, il est difficile d’argumenter, de trancher, de juger; nous n’avons pas le recul, ni toutes les informations. Les gens argumentent avec des émotions plus qu’avec des faits. Beaucoup ont perdu confiance en leur gouvernement, partout dans le monde, les gens sont épuisés. Mais la question reste : parmi les mouvements auxquels nous faisons face actuellement, lequel s’avérera être le plus néfaste?

Bonheur coupable

Le monde effréné, un jour, s’est arrêté
Pause : silence inquiet, mais paisible. 
Une semaine, un mois; tranquillité. 
Mais plus? C’est inadmissible!
Ont crié certains, fourmis dans les jambes. 
Laissez-moi vivre, sentir, bouger!
Ont-ils persisté, fourmis dans les jambes. 

J’ai observé; silencieuse, à part
Écoutant les opinions épars 
Me les refusant, refus de blesser 
Refus d’être contestée, besoin d’être aimé. 

J’ai profité, j’ai apprécié chaque minute
De ce reclus forcé et j’ai attendu une chute
Qui n’est jamais venue; aucun ombrage
Chaque minute, j’ai profité d’un ciel sans nuage. 

J’ai observé l’Histoire se dérouler
Les yeux fermés pour m’éloigner
Ne pas prendre part pour ne pas blesser, 
Ne pas me moquer de l’ironie de la vie; 
Ceux qui l’ont, à tout prix, vont le refuser
Ceux qui le veulent à tout prix, se le font nier. 
Est-ce à quoi se résume notre instinct de survie?

Et aujourd’hui?
Aujourd’hui, c’est la culpabilité qui m’emplie;
Culpabilité de ne pas souffrir,
Culpabilité de ne pas que survivre, mais vivre, 
Culpabilité de n’avoir su former d’opinions
Et pourtant, croire que j’ai raison. 
Culpabilité d’avoir profité
Chaque jour, de cette pause forcée
Culpabilité de n’être jamais seule
Face aux isolés et mal accompagnés,
Culpabilité de ne pas vivre le deuil
D’une vie effrénée.

Non, ce n’est pas le désespoir qui m’atteint
Dans cette vie nouvelle, mais tous les matins
C’est la culpabilité, ironique et douloureuse
La culpabilité de ne pas être malheureuse. 

C’est lundi, que lisez-vous?

Nouvelle semaine, nouvelle lecture! Pour ma part, je commence la semaine avec une lecture légère de laquelle j’ai entendu beaucoup de bien: Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi.

Il fait soleil et le ciel est d’un bleu glacé sans nuage; quoi de mieux qu’un livre doux pour accompagner une telle journée?

Vous laissez-vous parfois inspirer par la température pour choisir vos lectures?

Avez-vous lu ce livre?

Et vous, que lisez-vous en ce beau lundi?

Bonne semaine les lecteurs!

Manikanetish – Naomi Fontaine

C’était peut-être ça, Manikanetish, après tout. Ce que voulait nous léguer la Petite Marguerite. Elle voulait nous apprendre ce que devait être réellement l’enseignement. Élever les enfants des autres. Leur tendre les bras, les aimer. Devant toutes choses, désirer les voir devenir grands.

NAOMI FONTAINE, MANIKANETISH

10/10 – Coup de cœur

Manikanetish, c’est l’histoire de Yammie, une jeune enseignante de français dans une école sur la réserve innue d’Uashat, et de ses élèves. De Mikuan la maternelle, de Marc l’ambitieux, de Myriam la timide, de Mélina l’écrivaine, de Marithée la blessée et de Rodrigue le dur au cœur tendre. Plus qu’une histoire, c’est l’hommage qu’une enseignante en crise identitaire fait à ses élèves qui lui ont autant appris sur la vie qu’elle leur en a apprit sur le français. Peut-être même davantage. Manikanetish, ce sont des humains qui évoluent, côte à côte, et se soutiennent face aux injustices de la vie. Manikanetish, c’est le legs de Petite Marguerite; le legs de tous les enseignants dévoués qui voient leurs élèves non comme une tâche, mais comme ce qu’ils sont : des humains.

Émouvant. C’est le mot qui vibre dans mon esprit depuis que j’ai terminé cette belle lecture. Un livre aux phrases courtes, mais puissantes, qu’on dévore en une heure à peine. Une heure où j’ai tout de même versé des larmes à deux reprises et où j’ai souris plus de fois que je ne peux compter. L’auteure ouvre une fenêtre sur la vie innue au Québec, une toute petite fenêtre intrigante qui donne envie d’ouvrir grand la porte et découvrir ce monde dont on parle trop peu. Naomi Fontaine est une auteure dont je suivrai assurément le parcours de près!

Différents, et pourtant.

M’avait-on déjà humiliée parce que j’étais Innue? Peut-être une fois ou deux. Pas suffisamment du moins pour que la honte s’établisse. Et pourtant, elle était là, liée à mon incapacité à m’identifier à eux. À ce eux qui aurait dû être ce nous. Le nous me glissait dans la gorge lorsque je devais expliquer mon appartenance.

Naomi Fontaine, Manikanetish

Comment se trouve-t-on lorsque nous nous sentons étranger partout? Lorsque les « autres » nous font sentir différents et les « nôtres » nous font sentir comme ces « autres » ? Dans quel monde vivons-nous lorsque nous craignons de parler, car nous notre accent trahit notre parcours dans toutes les langues? Dans quel monde vivons-nous lorsque nous sentons que nous devons avoir honte de ce parcours? Je n’ai jamais eu à vivre une telle crise identitaire, chose que j’admets avoir tenue pour acquise trop souvent au cours de ma vie. De telles lectures nous permettent d’ouvrir les yeux sur un monde si différent et, pourtant, parallèle au nôtre. Ainsi, les yeux ouverts, nous pouvons devenir de meilleures personnes aspirant à un monde plus juste. Un jour à la fois.

Et vous, quels sont vos coups de cœur de l’année jusqu’à présent?

Avez-vous fait des lectures sur la vie autochtone, ou d’auteurs autochtones, qui vous ont marqué?

Finalement, avez-vous lu ce livre?

Nous étions ailleurs, très loin des livres et des bureaux. Très loin des réseaux sociaux et des commérages de la réserve. Très loin de la souffrance et des drames familiaux. Plus loin encore que tous les endroits où j’avais déjà posé les pieds. Et pourtant nous étions si près. Si près de soi.

Naomi fontaine, Manikanetish

Winnie l’ourson et la Journée internationale des câlins

Tu ne peux pas rester dans ton coin dans la forêt en attendant que les autres viennent à toi. Parfois il faut aller vers eux. 

winnie l’ourson

En cette Journée internationale des câlins, où nos contacts physiques sont toujours limités, je me tourne vers mon ourson préféré : Winnie. Winnie qui, avec ses paroles naïves mais emplies d’amour, rassure les enfants et émeut les grands. Divisés en plusieurs petites histoires plus charmantes les unes que les autres, ces livres sont toujours une source de réconfort et de sourires garantis, me ramenant aux jours insouciants de mon enfance. Je les relis parfois en espérant, un jour, pouvoir faire découvrir les sages paroles de l’ourson à un tout-petit à mon tour.

Alors aujourd’hui, agissez comme Winnie, allez vers quelqu’un. Offrez un câlin, réel ou virtuel, à un proche, afin de réchauffer son cœur dans ce creux hivernal et lui permettre d’oublier quelques instants tous ses soucis.

Et, je sais bien, ce n’est pas Winnie sur la photo, mais malheureusement je ne possède pas de peluche du fameux ourson! Alors voici son cousin, Wilfried.

Et vous, quelles lectures vous réconfortent? Et quelles histoires aimeriez-vous faire (ou avez déjà faites) découvrir à un enfant?

Bonne Journée internationale des câlins!

Lecture en parfaite compagnie

Vivre avec un Berger Australien (et ça tient aussi pour bien d’autres races de chiens) c’est vivre avec : du poil, de l’énergie, aucune vie privée, un lit jamais vide, mais surtout, de l’amour à l’infini. 

Lire avec un Berger Australien c’est avoir un museau qui pousse le livre jusqu’à ton nez, une patte entre les pages et des jouets qui apparaissent de nulle part sur tes jambes.

Alors, on flanche, on s’habille pour nos grands froids Canadiens et on va dehors. On lance la balle, on court après cette boule d’énergie qui ne veut pas nous donner la balle, mais plutôt qu’on l’attrape (peut-être qu’il trouve qu’on a pris un peu trop de poids pendant le temps des fêtes???) et on re-lance la balle. On tente de cacher la balle dans la neige, mais la petite fripouille est plus vite que nous. Donc on le fait sauter, coucher, asseoir et sauter encore. 

Finalement… Finalement, quand les pattes commencent à lever (le poil ça fait pas tout quand même par nos froids!), on s’installe, tout collés, avec un bon chocolat chaud et un excellent livre. Et à cet instant, lire et vivre avec un Berger Australien, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée depuis longtemps. 

Et vous, avez-vous un parfait compagnon de lecture?

Les hommes cruels ne courent pas les rues

Les hommes gentils, c’est triste, mais on ne les aime pas. On les aime beaucoup, mais sans plus. Vous connaissez une femme qui a perdu la tête pour un gentil garçon? Moi, non. 

KATHERINE PANCOL, LES HOMMES CRUELS NE COURENT PAS LES RUES

9/10 ★

Ce livre nous raconte, en parallèle, l’histoire d’une petite fille et celle d’une femme. La petite fille, elle vit son premier amour, le premier amour de toutes les petites filles; son papa. Son papa pour qui elle est une princesse; la plus belle, la plus intelligente, la plus incroyable. Il le lui promet; il n’aimera jamais une autre femme autant qu’elle. Puis, on a l’histoire de la fille devenue femme. Elle n’a jamais pardonné à son père les abandons après les promesses, les abandons après les mots doux, les abandons après l’espoir. Elle cherche son père et le voit partout; dans les grands hommes, les cheveux noirs, les grandes mains aux ongles arrondis. Il est partout et nulle part à la fois. Et, bien qu’elle le cherche, lorsqu’elle le trouve, aussitôt c’est le dégoût; non, ce n’est pas ce qu’elle veut! Pas de mots doux, pas de promesses. Parce que finalement, aimer, c’est facile. Mais se faire aimer, ça, c’est une bataille.

Je n’ai pu m’empêcher de lire les différentes critiques des lecteurs faites sur ce livre et ai été surprise de voir à quel point les lecteurs l’ont mal reçu. J’ai pensé « mais pourquoi est-ce que moi je l’ai aimé? »

Je l’ai aimé car, lorsqu’on lit Katherine Pancol, on lit des couleurs, des émotions, des odeurs, des saveurs et des instants. Lorsqu’on lit Pancol, on lit la vie. Avec une écriture vibrante et des personnages imparfaits (mais vivants!), on glisse sur les pages de ce roman.

Je l’ai aimé, car il est vrai. Toutes les relations père-fille ne sont pas identiques, toutes les relations ne sont pas toxiques, mais je suis loin d’être celle (et bien que je l’adore, ça ne vient pas de Pancol non plus) qui a inventé la théorie du « le premier amour d’une fille, c’est son père », ni le terme « fille à papa ». Pancol nous transporte dans l’extrême avec la relation père-fille la plus toxique possible, avant qu’on passe à la violence. D’ailleurs, l’auteure ne prétend pas que ses personnages ont une relation saine et à prendre comme modèle dans ce livre et, je crois, de prétendre le contraire en le critiquant c’est de l’avoir seulement survolé.

Nos papas sont, pour la majorité, le premier homme qui nous aime lorsque nous venons au monde. Ils représentent l’homme idéal, l’homme parfait, le héros. On veut le rendre fier, notre papa, car il nous fait sentir belle et grande. Il y a dans le regard une lueur qui dit « ma princesse ». Mais la vie n’arrête pas et arrive un jour la puberté, le désir de vivre et ressentir un autre genre d’amour. Et parfois (souvent?), le regard de notre papa change. Tous les hommes ne sont pas les mêmes et je crois que, pour beaucoup, c’est inconscient, mais il y a une part du père qui voudrait rester le premier et seul amour de sa fille. Un amour inconditionnel et, bien sûr, chaste, mais le seul. Consciemment, ils savent nos papas que c’est impossible, que ce n’est pas ça la vie et ils veulent notre bonheur. Ils veulent que nous trouvions l’homme parfait, celui qui ne nous blessera pas, celui qui nous fera grandir, celui qui nous traitera comme une princesse. À la fois celui qui nous traitera comme il nous a traité, mais il ne veut surtout pas que ce soit quelqu’un comme lui, car notre papa, lui, il le sait qu’il n’est pas parfait. Il le sait qu’il est un homme plein de failles, de fautes et de faiblesses, même si nous, nous ne le savons pas encore, même si pour nous, c’est encore un héros.

Alors nous avons le combat et l’apprentissage du père et de la fille. Le père qui doit accepter les hommes que sa fille choisira, le père qui devra accepter que sa fille devienne une femme comme les autres, elle aussi, pleine de fautes et de faiblesses. Non, ce n’est pas une princesse sans faille, sa fille.

La fille, devenant femme, elle, doit apprendre à voir son père tel qu’il est. Un être humain qui peut prendre de mauvaises décisions, faire des faux pas et n’est pas un héros infaillible. Elle doit accepter le regard qui change, arrêter de chercher la lueur qui nous fait sentir comme une princesse. Non, nous ne pouvons pas rester la fille à papa toute notre vie, car nous devenons des femmes. Dans un monde idéal et lorsque nous avons une relation saine, après avoir accepté ces changements, il reste toujours l’amour inconditionnel d’un père pour son enfant, la fierté d’avoir élevé cette femme, imparfaite, mais incroyable. Il reste l’amour puissant d’une femme pour son papa, aussi puissant d’avoir été le premier. Cet amour qui accepte un papa qui n’est pas infaillible, mais qui semblera toujours un peu plus grand que tous les autres papas. Car c’est le mien.

Elle lui avait demandé l’impossible.

Elle avait demandé à tous les autres hommes l’impossible.

À cause d’un héros qui n’existait pas.

Mon papa…

Mon papa nul…

Ça lui était complètement égal…

Quelle importance? 

katherine pancol, les hommes cruels ne courent pas les rues

La fuite

On peut tout fuir, sauf sa conscience. 

Stefan zweig
Fuir
Verbe intransitif
(latin populaire *fugire, du latin classique fugere)
Ne pas faire face à quelque chose, chercher à y échapper

Tel le roulement des vagues sous elle, les battements de son cœur étaient assourdissants. L’air était lourd, humide et goûtait le sel. Les ombres noires qui la suivaient depuis son plus jeune âge l’avaient rattrapée et il n’y avait plus aucune issue possible, sauf une : sauter.

Juste avant le choc, elle s’éveilla; elle avait trouvé une solution. Déterminée et délestée d’un poids qu’elle portait depuis trop longtemps, elle prépara un sac d’essentiels. Ce n’était pas une décision logique, brillante ou rationnelle, mais elle ne pouvait plus revenir en arrière. Elle se sentait comme un ballon qu’un enfant distrait relâche; la seule direction possible était vers le haut. Elle savait que la chute viendrait, lente, brutale et immanquable, mais pour le moment, elle voyait le soleil au-dessus des nuages.

Les soubresauts irréguliers de l’autobus l’empêcheraient de s’endormir pendant le trajet, lui offrant tout le temps de réfléchir. Elle réfléchit à toutes les pires choses qui pourraient lui arriver lors de sa fuite.

Elle pourrait ne pas trouver un refuge, s’endormir dans la rue, recouverte d’un manteau de neige et ne jamais s’éveiller.

Elle pourrait devoir faire face à de réels monstres, à défaut de ceux qui se trouvaient dans ses rêves.

Elle pourrait devoir oublier ses valeurs pour manger, pour survivre.

Elle pourrait se faire rattraper par son passé et devoir fuir à nouveau.

Elle pourrait réaliser qu’elle sera la source de souffrances pour ceux qu’elle aime et ne jamais se le pardonner.  

Toutefois, le pire qu’il pourrait arriver, elle pensa, serait que personne ne la cherche. Oui, l’oubli serait plus terrible que tout.

Mais elle n’avait pas le choix. Elle ferma les yeux.

Non, elle ne voyait aucune autre solution.

Fille de nuit

Un cœur de verre, des mains de soies
L’esprit tourmenté, la langue liée
Fille de nuit, elle n’a plus de voix. 
La langue tordue, l’esprit violé
Fille de Molière, où sont tes mots ?
Parle-leur, crie-leur, enflamme-toi
Ton sourire, ton rire, tout sonne faux;
Tu as si peur de faire le grand saut.
Fille de cœur, où sont ton espoir, ton amour et ta foi?
Fille d’automne qui a eu tant à offrir
Je n’entends maintenant que tes sombres soupirs.
Jeune esprit qui a si peur de tomber, 
Craint chaque mouvement, refuse d’avancer
Fille de glace, ton cœur se refroidit
Ton esprit ne compte plus les mensonges.
Tes mots se figent, dans tes pensées ta poésie gît
Tu t’es perdue, même dans tes songes.
Fille du ciel, fille du monde, ne ment plus;
Fille de la mer, ne te noie pas pour un passé
N’abandonne pas pour un avion perdu.
Tu te crois incapable d’honnêteté,
Incapable de croire et même d’aimer,
Mais un jour, fille de nuit,
Tu retrouveras tes mots, ton appui
Il y aura une fin à cette nuit, un éveil;
Tu seras alors fille du soleil.
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